le petit journal des PP

Publié le par les pieds plats

COMPTE-RENDU D’UNE NON-RANDONNÉE AU FIL DE L’EAU ET DE L’IMAGINAIRE

(LE 9 AVRIL 2020)

C’est en pleine période de confinement que le club a organisé cette non-randonnée vernale au fil de l’eau et de l’imaginaire.

De très nombreux volontaires ont répondu présent à ce lapidaire SMS, « RDV 2MIN RDO IMA JR O FIL 2 LO », texte non incunable il est vrai !

Nous remontons notre fleuve emblématique que l’aube révèle ; la fraîcheur ragaillardit les âmes sensibles ; les déplumés du chef sortent leur gâpette ; la brume matinale sublime le paysage tel un sfumato ; la nature s’éveille, nous offrant une bariolure végétale qui accompagne ce calme lénitif qui confine à l’enchantement. Nous musons alors vers le ponant ; nous traversons une linière en jaspinant de concert ; l’humeur est frivole, les marcheurs ingambes. Les langues coquines de quelques foutraques déclenchent des rires argentins, mêmement que quelques cochoncetés, à faire rougir une vierge éburnéenne, émises par un brindezingue replet.

Notre cicérone presse le pas alors que se dessinent les premiers reliefs, ce qui fait endêver qui vous savez ; et on l’entend proférer son antienne favorite «CxxxxxxT, salxxd, le peuple aura ta peau !». Mais on ne va pas caner face au dénivelé, ni être obligé de guinder les poteaux qui traînassent ; tant pis pour les brévilignes ! On ne va pas régaler ce nid d’aigle, autrefois siège d’une ferté, pour quelques hères harassés.

C’est au pied d’un fenil que la troupe se sustenta et il eut fallu être atteint d’adipsie pour refuser de se rincer le gosier avant de partager sa pitance, tout en se méfiant des écornifleurs. Pas de sieste, ni de hamac.

Nous repartons en direction du fleuve ; encore quelques mamelons avant de plonger à travers les baliveaux et les jeunes pousses ; ce serait un truisme de rappeler notre joie, notre plaisir, notre fierté de fouler cette France profonde qui nous donne tant de merveilles à découvrir à chaque pas ; et sous les rais généreux de RÉ, que quelques cumulus viennent lécher, nous chutons dans un talweg ombragé ; nous guéons un ru et le remontons un instant, guidés par un bruissement rafraîchissant… Il faudrait être atteint d’amaurose pour ne pas apprécier cette cascatelle coruscante blottie au cœur de la forêt !

Nous retournons sur nos pas pour rejoindre notre fleuve et le descendre en rive droite ; son lé est agréable et tapissé de fines herbes ; une vraie moquette ! Certes nous ne verrons ici ni maïa, ni ouaouaron ; mais le patrimoine halieutique de la Loire est riche, surtout de son poisson roi, le brochet. Et nous guettons la présence des truites qui viennent buller la surface de l’onde.

Une brève averse printanière vient enrichir notre journée, la nature nous délivrant alors une agréable odeur de pétrichor qui apporte un relief marqué aux senteurs sèches qui nous ont accompagnées jusqu’alors.

Le rêve touche à sa fin, les somnambules peuvent le poursuivre...

À moins d’être un négateur obtus, cette non-randonnée irréelle, intemporelle, imaginaire, ressemble à plus d’un titre à celles qui nous rassemblent habituellement.

Nul doute qu’à l’avenir nous saurons encore plus apprécier la joie d’être ensemble et de partager des moments inoubliables dans cette nature si riche, si diversifiée, et qui nous manque tant actuellement.

Tous les soirs, après avoir applaudi à 20h celles et ceux qui travaillent pour notre bien-être, levons notre verre à notre santé à tous.

Prenez soin de vous.

Alain Colombet

 

LEXIQUE DU COMPTE-RENDU D’UNE NON-RANDONNEE AU FIL DE L’EAU ET DE L’IMAGINAIRE

Mots de la langue Française exclusivement, parfois vieillis ou peu usités (ni argot, ni gaga)

Vernale : Printanière

Incunable : Adj. et n.m. se dit d’un ouvrage qui date des origines de l’imprimerie

Gâpette : Casquette

Sfumato : En peinture, ambiance vaporeuse qui adoucit les formes

Bariolure : Mélange de couleurs contrastées

Lénitif : Qui apaise

Confiner à : Être à la limite de, friser

Muser : Musarder, flâner

Ponant : Ouest

Linière : Champ de lin

Jaspiner : Bavarder

Ingambe : Alerte, qui marche aisément

Foutraque : Excentrique

Rires Argentins : Rires clairs, cristallins

Mêmement : de même

Cochonceté : Obscénité

Éburnéenne : Qui a la blancheur laiteuse de l’ivoire

Brindezingue : Adj. et n. Un peu fou

Replet : Qui a de l’embonpoint, dodu

Cicérone : Guide

Endêver : Faire endêver quelqu’un > le faire enrager

Antienne : Propos ressassés à satiété

Caner : Reculer devant la difficulté

Guinder : Lever, hisser au moyen d’une grue

Poteau : Copain, camarade

Bréviligne : Contraire de longiligne

Régaler : Aplanir un terrain

Ferté : Place forte, forteresse

Hère : Homme, misérable, type

Fenil : Local où l’on range le foin

Adipsie : Affection consistant en une absence de soif

Écornifleur : Pique-assiette

Baliveau : Arbre réservé dans la coupe des taillis pour qu'il puisse croître en futaie

Truisme : Vérité d’évidence

Guéer : Passer (un cours d’eau) à gué

Amaurose : Cécité plus ou moins complète

Cascatelle : Petite cascade

Coruscante : Brillante, scintillante

Lé : Chemin de halage

Maïa : Grand crabe (araignée de mer)

Ouaouaron : Grenouille géante (du Canada)

Halieutique : Qui concerne la pêche

Pétrichor : Odeur de pétrichor, odeur de la terre après la pluie

Négateur : Qui a l’habitude de nier

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