SAINTE FOY L’ARGENTIÈRE, XXVII Aprilis MMXXIII (1)
Randonnée de 9 lieues pour 3,9 stades de dénivelé (2)
C’est une cohorte de XXXV (3) affranchis qui se trouva au départ de cette randonnée à la (re)découverte de quelques vestiges de l’aqueduc romain de la Brévenne construit au début de notre ère pour alimenter en eau potable la ville de LUGDUNUM (LYON). JUPITER et SOL (4) s’étaient visiblement concertés pour nous garantir une journée printanière digne de ce nom.
Sans plus attendre la joyeuse troupe s’élance en direction de la Valsonnière et de son imposant château quadrangulaire flanqué de trois tours de style médiéval. Pas le temps de valser : courte pause, le temps de déposer une petite laine, et la première difficulté du jour se présente pour nous conduire au site de Sanigon, où nous pouvons contempler notre premier vestige fort bien conservé de cet aqueduc imposant qui conduisait les eaux de la source d’Orjolle jusqu’à Fourvière sur une distance de plus de 31 lieues (5) ; de quoi susciter l’admiration !
Nous poursuivons notre quête… Passé le Chervolin, nous nous dirigeons vers un autre site remarquable, celui de la ‘Thue des Sarrasins’ qui nous offre alors plusieurs vestiges magnifiques de cet aqueduc enterré à flanc de colline ; vestiges rendus visibles par les éboulements provoqués par les racines des arbres. En contre-bas, Montromant nous offre une page d’histoire avec cette reconstitution d’un bout d’aqueduc savamment documentée. Quelques photos d’archives, et nous voilà repartis via le sentier de découverte à l’assaut de DUERNE. La cohorte est gaie et les langues s’activent.
Comment taire les commentaires ? Présentez une grosse difficulté, et le chant des petits oiseaux remplace vite les piaillements des oiselles ! Allez, il est temps de se sustenter ; nous trouvons notre bonheur sur les gradins d’un parc paisible... mais pas de jeux du cirque ; d’ailleurs, les clowns sont sur les gradins ! Une heure plus tard rassemblement, appel, mise en ordre de marche et c’est parti pour une dernière petite grimpette, au sommet du Bois des Courtines, point culminant de notre randonnée, à 26 arpents d’altitude (6), où chacun pu à loisir admirer le Mont Blanc (visible sur la table d’orientation !). Le retour s’effectue par le Haut d’Orjolle, où nous foulons la source de l’aqueduc. C’est son ruisseau éponyme qui nous ramène aux voitures.
Les Monts du Lyonnais sont certes exigeants, cassants, mais si beaux, qu’il nous faudra y revenir…
(1) 27 avril 2023 ; (2) Longueur 20 Km, 725 m de dénivelé
(3) 35 Pieds Plats ; (4) JUPITER Dieu du Ciel, SOL Dieu du Soleil
(5) 70 Km ; (6) 933 m
Leçon d’histoire :
À savoir, 315 aqueducs romains ont été recensés dans le monde ; Près de la moitié se trouve en France (156), dont 4 pour alimenter Lugdunum (LYON) : l’aqueduc du Gier, l’aqueduc du Mont-d’Or, l’aqueduc de l’Yzeron et l’aqueduc de la Brévenne, qui nous intéresse ce jour.
L’Italie en recense 16, dont 11 pour la seule ville de Rome, alors que l’Algérie en compte 39. Avec ses 170 Km, l’aqueduc de Gadara en Jordanie est le plus long de l’Empire romain.
L’aqueduc romain de la Brévenne date du tout début de notre ère ; il a été construit sous le règne de l’empereur CLAUDE. Il emmène les eaux de source du Haut d’Orjolle situé à 627 m d’altitude dans la commune d’AVEIZE, jusqu’à Fourvière situé à 282 m d’altitude ; sa longueur est de 70 Km (pour une distance à vol d’oiseau de 26 Km). Sa pente moyenne est de l’ordre de 1 pour mille ! soit 1 m de dénivelé pour 1000 m de canal, ce qui garantissait une vitesse maîtrisée de 1 m par seconde (3,6 Km/h) pour ne pas user prématurément sa protection étanche.
Il comporte 4 tunnels, une dizaine de regards, 2 files d’arches (à Lentilly et à Lyon), 2 syphons avec conduites forcées, 8 chutes ; un bac de nettoyage est visible à Courzieu. Son débit potentiel est de 28 000 m3 / jour, mais son débit effectif était plutôt de l’ordre de 10 000 m3 / jour. La plus grande partie de l’aqueduc est empierrée et enterrée. Le fond de l’aqueduc, le radier, et ses flancs, les pieddroits, sont recouverts d’un enduit rouge, le tuileau, fait de terre cuite concassée mélangée à de la chaux pour en assurer l’étanchéité (parfois appelé de manière inappropriée l’opus signinum).
Voir le site archeolyon.com, vous vous régalerez…
Autres points d’histoire peu connus, CLAUDE est le seul empereur romain né hors d’Italie. Il vit le jour en GAULE, à LUGDUNUM le 1er Août de l’an 10 avant J.C. ; il est décédé le 13 octobre de l’an 54 de notre ère à Rome. En 48, il demanda au Sénat d’offrir la citoyenneté romaine aux élites de la Gaule. Un discours fondateur qui allait bouleverser le destin de l’empire et sa propre vie.
L’histoire peu banale de ce quatrième empereur romain très atypique est à découvrir sur le net.