RÉMUZAT (450 m)dans la Drôme Provençale
Gîte « Les Lavandes » du groupe TERNELIA à RÉMUZAT
31 randonneurs dont 2 guides
Beau temps, ensoleillé, et des températures de plus en plus élevées.
Pourtant cela n’était pas gravé dans le marbre, et le ciel, dès l’aube du premier jour restait menaçant, après une nuit bien
arrosée.
Les Pieds Plats partis maussades de la Pouratte sous une pluie battante, ont cependant vite retrouvé le sourire, et leurs
appréhensions se sont dissipées aussi vite que les nuages.
Deux groupes se sont constitués sur le plateau de St Laurent au dessus du village typique de Saint-May, peu après l’Abbaye de
Bodon :
Le groupe Michel, composé de 21 marcheurs, pour une boucle de 15 km et 700 m de dénivelé autour de la montagne de Buègue, et
le groupe Alain composé de 10 marcheurs pour une boucle de 10 km et 400 m de dénivelé autour du plateau de St Laurent. Les deux groupes ayant un parcours final commun, du col de St May (970 m) à
la croix du rocher du Caire (777 m) via le rocher de Saint-Auban (1048 m).
Tandis
que les vautours, tels des Stukas fondaient au dessus des têtes de ceux qui déjà mangeaient paisiblement aux crêtes, après une grimpette tranquille, des phénomènes étranges de type poltergeist se
produisaient dans les talwegs, retardant la progression du groupe Michel. Ainsi une pierre paraît-il coupa subitement la route de Pierrot, le fit choir, et lui déchira le bas de son pantalon,
l’égratignant d’un poil à l’autre. Certains racontèrent par la suite que la terre s’agrippait à leurs godillots, pour les retenir, alors que d’autres voyaient le sol se dérober sous leurs pieds
trop plats, ou d’autres encore, terrifiés constataient le basculement du sol au point d’en perdre l’horizon. Un cauchemar ! Des récits terrifiants ! … La faim, la fatigue du voyage, et aussi peut
être les odeurs enivrantes de ces essences provençales si particulières étaient sans doute à l’origine de telles hallucinations ? … Bref, après la pause repas, plus rien ; le calme plat. Même les
vautours se firent craintifs et discrets. Rien ne devait plus entraver leur progression.
Les deux groupes enfin réunis à la pointe du rocher du Caire, purent toiser fièrement Rémuzat à leurs pieds, et contempler à
loisir cet espace provençal apaisant des Baronnies, où l’Oule nourrit l’Eygues de ses eaux fraîches.
La suite se devine, retour aux voitures, péage à la taverne, gîte et couvert, détente et repos, convivialité et bonne
humeur…
Douce nuit. Demain ça passera, ou ça cassera !
Deuxième jour ; après dissipation des brumes matinales, la journée s’annonce chaude et les circuits sévères ; un bon petit
déjeuner est indispensable, même pour Pierrot pourtant pas le dernier sur le perron.
Deux groupes et deux dissidents. Marie-T et Guy se réservent une journée bucolique, style ballade en amoureux dans les
Baronnies, mais…cela ne nous regarde pas ! Pour les autres, objectif, la montagne des Gravières, par deux voies d’accès différentes.
Michel emmènera de Rémuzat un groupe de 14 marcheurs à l’assaut des Aiguilles. Trois heures de montée pour passer de 450 m à
1362 m d’altitude, avec deux passages en final sur une barre rocheuse avec une main courante.
Alain emmènera de son côté un groupe de 13 marcheurs de la Chapelle Saint Geniès (741 m), à une dizaine de kilomètres au Nord
Ouest de Rémuzat, au dessus du hameau du Serre, pour rejoindre les crêtes à 1300 m par une piste qui se termine par une sente coquine ; deux heures d’effort au programme.
Les deux groupes se rejoindront à 1300 m pour un déjeuner sur l’herbe en commun.
Pour les deux groupes, la montée est sévère ; le pas du montagnard s’impose. La chaleur bien présente nécessite une bonne
hydratation, d’autant que l’effort soutenu ne ralentit pas le débit de parole de certains ; la montée reste sérieuse, mais joyeuse.
Le groupe Michel rencontre une première difficulté au Pas de l’Eygues où le talweg déverse les flots tombés ces derniers
jours. Flop ! Flop ! Il faut passer de l’autre côté ; Flop ! Flop ! Les Pieds Plats prennent l’eau. Mais ils ont aussi le caractère bien trempé, et reprennent la progression courageusement
jusqu’au col de l’Enclus. Les choses sérieuses commencent alors ; il reste près de 300 m de dénivelé, et une barre rocheuse à gravir…
Pendant ce temps le groupe Alain arrive en bout de piste. La sente finale couverte de feuilles mortes serpente dans le bois
d’Aiguille, étroite, irrégulière, semée d’embûches, et parfois pentue et glissante. Mais quel bonheur de déboucher d’un coup sur la crête et de découvrir un panorama aussi vaste et
impressionnant.
Du haut des Baronnies nous contemplons des millénaires de formations rocheuses, le massif du Diois au nord de l’Eygues, le
Bochaine au nord-est du Buëch, les Préalpes de Digne à l’est de la Durance, et l’ensemble mont Ventoux-montagne de Lure des monts du Vaucluse au sud, et plus loin encore quelques sommets enneigés
des Alpes.
Soudain,
nous apercevons le groupe Michel à l’assaut de la dernière barre rocheuse. Leurs silhouettes se détachent sur fond azuré. Nous les
voyons franchir courbés cette dernière difficulté. Nous les devinons prudents, se hissant à l’aide de la main courante au
sommet de leur vaillance. À propos de main courante, certains ont prétendu par la suite qu’il y en aurait eu d’autres, plus samaritaines, pour pousser sans ménagements quelques fessiers
récalcitrants attirés vers le bas par la gravité. Allez savoir !
Des Hou ! Hou ! ont répondu à des Hé ! Ho ! Quelques photos plus tard, pour immortaliser numériquement la bravoure et le
paysage, le groupe reprend le chemin, direction le réfectoire panoramique pour partager ensemble, les impressions, les commentaires, les anecdotes, et surtout la pitance méritée.
L’ambiance joyeuse, festive se prolonge un peu, le temps de se gorger de ces paysages mérités, de les graver dans les
mémoires…
Il est bientôt temps de partir et de descendre à regret de ce piédestal calcaire pour retrouver les bords de l’Oule. Les
groupes se recomposent différemment. Dix-neuf marcheurs repartent avec Michel au col de Staton pour rejoindre Rémuzat en longeant le Rif. Huit repartent avec Alain à la Chapelle Saint
Geniès.
Mais, tous se retrouvent pour la HALTE (Hé ! À La Tienne Etienne) à leur terrasse préférée, près du Syndicat
d’Initiative.
La soirée fut joyeuse, et la nuit réparatrice.
Dernier jour, après dissipation des brumes matinales, la journée s’annonce encore plus chaude, mais le circuit plus
cool.
Les bagages dans les voitures, direction le village de Rochebrune, aux confins de la vallée de l’Ennuye. « Blotti derrière une
colline, il est perché sur un éperon rocheux et s’étire depuis son extrémité sud jusqu’au nord, où l’église et la tour rescapées des temps féodaux sont les gardiennes du silence et de la beauté
de ces lieux ».
Tous ensemble, nous partons à la rencontre de six cols qui nous ouvriront les portes de leurs paysages merveilleux. La boucle
est courte, 12,5 km pour 500 m de dénivelé, mais ce dernier est surtout absorbé dès les premiers 4 km.
Après avoir visité le village qui, à lui seul mérite le détour, la joyeuse troupe se lance sans faiblir sur les flancs de
Chante-Perdrix et de la Serre St Vincent, en direction des Grands Bois au pied de la montagne de Beaume Noire.
Les jambes sont bien rôdées et libèrent en souplesse de belles foulées maîtrisées ; seule Suzanne se débat avec une tendinite
tenace, la reléguant au rang de serre-fil.
D’un ruisseau à l’autre, d’un sentier à l’autre, nous découvrirons successivement les cols de la Croix (723 m), de Soubeyrand
(771 m), de St Vincent (918 m), de Linceuil (893 m), des Lantons (726 m), et de Serriès (717 m).
Avec la chaleur il est réconfortant de couper ça et là quelque ruisseau pour se rafraîchir la nuque. Jean-Marc ravi, en ravit
plus d’un par son célèbre « jet du caillou dans l’eau » ; une spécialité non encore reconnu au Guinness book des records.
Notre terrasse est avancée aux ruines du Linceuil qui dominent le col du même nom, avec en prime une très belle vue sur la
vallée du Rhône et le mont Ventoux.
Il fait beau, il fait bon, la vie coule comme une chanson… aussitôt qu’on mange du saucisson ; il fait du soleil au fond des
yeux quand on vit dans la vie comme des amoureux… de la nature ; Chacun savoure l’instant présent tout en goutant aux présents de l’instant.
Quatre vannes, trois bouchées, deux gorgées, et une sieste plus tard, nous descendons sans suer au Linceuil d’un pas alerte,
sauf Suzanne qui nous alerte sur son pas, peu pressé.
Nous devons l’abandonner au col des Lantons, aux mains expertes de Michel Bérard qui se charge de la rapatrier à Rochebrune
que l’on peut rejoindre directement et facilement par le col de la Croix tout proche. Merci Michel.
Cela est préférable car il faut encore rejoindre le col de Serriès, et la descente du col à Rochebrune est semée d’embûches
sur lesquels Guy trébuchera à plusieurs reprises. Lève toi et marche…
Rochebrune nous invite à le rejoindre sur son piton… La fontaine du village est prise d’assaut ; Bientôt, des enfants séniors,
séniles, batifolent aux abords du bachat libérant des gerbes d’eau à grands cris.
Le séjour s’achève dans l’allégresse ; et c’est à Nyons, avant de se séparer que nous trinquons à de futures rencontres.